GESCHREVEN DOOR

Sacha Sperling (FR)
VERTAALD DOOR

Katinka Staals (NL)

Laura Williams (GB)
Prologue
07 November 2011
Il faut que j’écrive un prologue. Un court texte qui parlerait du voyage que je m’apprête à faire aux Pays bas. Mais voilà, les textes les plus courts sont parfois les plus compliqués à écrire. Alors, il y a quelques règles de bases à respecter : rester simple, parler de l’excitation, de l’appréhension, de la joie. Essayer de paraître sincère, un peu talentueux, et puis drôle aussi, parce qu’il ne faudrait pas être triste. On m’a simplement expliqué que ce texte serait traduit, puis lu devant un public, en ma présence. Et moi, assis à mon bureau, je pense que je n’ai rien à dire. Je pense aussi qu’il n’y a pas grand chose que je déteste plus qu’un écrivain qui parle de son incapacité à écrire et qui, forcement, finit quand même par écrire quelque chose. C’est une posture plus usée encore que les revêtements synthétiques des sièges du Thalys. C’est ce que je suis en train de faire. Mais c’est l’exercice qui veut cela. Bon. Ceci étant dit, ça ne vient toujours pas. Et je ne vais tout de même pas construire mon texte simplement sur des digressions. Ça finit toujours par se voir. Bientôt, je serai assis sur une scène, ou ailleurs, quelqu’un lira ces mots, et je ne comprendrai pas. Je me rappellerai ces moments où j’étais assis à mon bureau, où je pensais que l’inspiration ne viendrait pas. Des digressions, même dans une langue qu’on ne connaît pas, ca reste de l’esbroufe. Et ca ne fait pas très sérieux. Alors, cette fois, je m’y mets pour de bon. Cette fois, je trouve quelque chose à dire. Alors… voyons… allez, c’est quand même pas si difficile ! Ecrire, ce n’est pas très compliqué ! On n’invente rien. Les mots sont là, ils existent bien avant nous. Il suffit de les agencer avec goût. Comme on ferait un bouquet de fleurs. Les mots, il faut les trouver, et puis il faut leur rendre justice. Quand on les brusque, ils nous trahissent. Alors il faut être « fair play ». Et moi, j’ai de la chance, les mots ont toujours répondu à l’appel quand j’ai eu besoin d’eux. Ils m’ont accompagné comme une armée de l’ombre. Ils ont matérialisé mes désirs, mes peurs, mes rêves. Ils m’ont entrainé bien plus loin que je n’aurais pensé, ouvrant d’immenses perspectives là où je voyais l’horizon bouché. Ils m’ont permis de figer quelque part la beauté de la Seine, de Paris en noir et blanc. Ils m’ont façonné doucement, à mon insu… Aujourd’hui, les mots sont devenus mon passeport. Ils continuent de m’accompagner, de frontière en frontière. Et c’est peut-être de cela dont je devrais parler. De la chance extraordinaire que j’ai eu de pouvoir regarder mon livre voyager, se transformer. Cette petite histoire sur laquelle j’avais travaillé seul, dans l’intimité de ma chambre d’adolescent, avec l’assiduité d’un mécano sur son moteur. Mon livre, mon premier livre. Cette histoire qui n’était rien qu’à moi, eh bien, elle se raconte aujourd’hui dans des langues que je ne comprends pas. Et c’est incroyable quand j’y pense.
























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