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En rentrant a l'hotel

19 November 2011

En rentrant à l’hôtel, après le dernier concert, dans les rues tranquilles de La Haye, la brume est revenue. Elle enveloppe tout, comme dans  une ville fantôme d’un roman de Poe. J’ai fait ma lecture un peu plus tôt. Drôle de moment. Il y avait du monde. C’était la folie baroque du festival. Et maintenant, il n’y a plus que la brume et le silence. J’ai envie de regarder la ville. Il n’ y a personne dans la rue. Impression d’être le seul spectateur dans une salle de cinéma. Sur une grande place moderne derrière mon hôtel, il y a des skaters. Une petite bande, réunie malgré le froid, malgré la nuit. J’écoute le bruit des roulettes, le bruit des chutes. Les silhouettes se dessinent sur la pierre sombre. Allures d’allumette, blue jeans coupés droit, et puis des baskets de toutes les couleurs. Les planches semblent glisser, les chaussures lourdes flottent dans les airs. Les gosses exécutent leurs flips dangereux, leurs tricks suicidaires. Chaque fois que l’un d’entre eux tombe, j’ai l’impression d’être une nanny près d’un bac à sable. Ils osent les figures les plus délicates, ils les ratent souvent. Ils me semblent fragiles, un instant, je pense que quelque chose de grave va arriver, et qu’il est de mon devoir de garder un œil sur eux. Finalement, il ne se passe rien. Ils s’en vont tous en même temps. Je me sens un peu bête, alors décide de continuer ma route. Je ne suis pas loin de l’hôtel. Je vais rentrer sagement… Mais quelque chose m’intrigue de l’autre côté de la rue. Un petit magasin, ou plutôt, un bazar. Un de ces endroits qui ferment tard, qui sentent l’ambre et le détergent. Alors je m’approche. Un peu de lumière et me voilà, il ne m’en faut pas plus. Derrière la vitrine, il y a toutes sortes d’articles qui ont l’air d’être tombés d’un camion. Au milieu de cette pagaille disgracieuse trône un gigantesque poste de télévision. Je reste quelques instants surpris devant les dimensions de l’objet. Il me rappelle les téléviseurs des années quatre vingt dix. Les gros postes avec une bosse à l’arrière. A l’intérieur de la boutique, des voix couvrent les dernières notes d’une chanson. Ce qui m’a interpellé en passant devant le bazar, c’est d’abord cet écran d’un autre âge, et aussi l’image sur l’écran. Le générique de Knight Rider. Au milieu de la nuit, je regarde une voiture tracer un sillon de poussière à travers le désert teinté de pourpre. Sur l’écran, Michael Knight (le héros), évite les obstacles. Pour accélérer, il enclenche le turbo boost, et la voiture décolle à plus de 480 km/h dans un grand bruit de tonnerre. Je suis hypnotisé par la Pontiac Firebird. Je me souviens que cette même voiture a habité mes rêves de petit garçon, il n’y a pas si longtemps. Cette voiture fantasmée, fantôme de mon enfance,  je la retrouve ici, au cœur de la nuit, dans ce bazar de La Haye. Il y a partout des morceaux de nous, des échos que l’on n’aurait pas soupçonnés. Parfois, il faut partir loin de chez soi pour se retrouver. Au milieu de cette rue brumeuse, pendant un laps de temps que je ne saurais définir, j’ai huit ans. Et puis l’épisode commence, et je n’ai plus huit ans, et il fait vraiment froid. C’est l’hiver et je ne m’en étais pas aperçu. Je suis toujours le dernier au courant.

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