GESCHREVEN DOOR

Guillaume Vissac (FR)
VERTAALD DOOR

Ruth Clarke (GB)

Ilse Barendregt (NL)
Guillaume column 4
17 November 2014
Un camarade poète itinérant a écrit un truc tendre et ça dit:
Sur les portes des shops ouverts la nuit — sur la peau de ceux qui tiennent encore — sur les écrans de nos machines — sur les gouttes de flottes qui s’écoulent contre nos peaux une nuit qu’on était resté là pour se raconter des histoires : la tendresse.
Tu penses à lui à cause des barbes. Ici, des groupes de folk à barbes. Groupes de rock à barbes. Hipsters à barbes. Barbes à barbes. Peut-être qu'il existe un beard code par ici ? Pour une raison ou une autre te voilà à répéter le mot éclectique. Dans un musée, tu t'es retrouvé à refaire plusieurs fois le sens de la visite mais à l'envers (puis à l'endroit, puis à l'envers encore), parce qu'il te fallait toujours revenir à la mer phosphorescente. On t'en a extirpée pour te poser sur scène et sur scène tu as articulé ton pitch habituel. C'est l'histoire d'un mec qui a perdu sa main et qui veut la retrouver. Tu en lis un passage, mais restons sur le pitch. Dans la salle ça fait rire et tu précises ensuite, plus de deux heures plus tard et en langue parallèle, it's not a funny book, no. Actually it's fucking sad. On te parle de Charles Bukowski, sauf que la prononciation de son nom le déforme et ce n'est plus le Bukowski que tu connais. On te l'écrit avec les doigts sur l'écran d'un téléphone dit magique. L'espace d'un instant l'ombre du Bukowski a muté en quelque chose d'autre et se rongeait les ongles dans sa barbe et te fixait l'air mystérieux, avec des tics nerveux le long des coudes et des poignets. Encore une barbe. Quelqu'un dit, est-ce qu'il a des tocs ? Quelqu'un dit tiny dicks. On te demande si t'es drogué ou quoi. C'est toujours difficile de répondre à ce genre de questions. Puis, lentement, faisant pivoter sa tête sur son cou et te fixant dans l'or noir de tes yeux, Antonio Lobo Antunes a parlé. Il a dit, sans aucune barbe d'aucune sorte et comme aveuglé par les spots, he asked me if I was a fag. Sauf que, dans sa langue et dans son accent et dans son âge, il n'a pas dit fag, il a dit fang. Il m'a demandé si j'étais un croc. Quel drôle de truc à demander à qui que ce soit. Et tu ne sais pas ce qu'il a répondu. Tu sais simplement que la gastronomie néerlandaise semble tremper dans la friture. Il y a ce truc qui ressemble à la bite d'un cheval et quelqu'un se la fume comme un cigare et l'allume et fume avec et elle n'a pas de barbe cette fumée. En fait, elle n'a pas de fumée cette fumée. Elle est là, elle serpente sur les marches d'escalier d'une époque engloutie où vous êtes tous les deux à parler de whisky, vous qui n'en buvez pas. Whisky, tu recherches via le correcteur orthographique du téléphone, ça s'écrit whisky. Ça n'a pas de barbe, non. Ça va et vient dans ton verre pendant que le silence bourdonne au niveau de ta peau étale. Il faut refaire plusieurs fois le tour des choses pour en revenir à la mer phosphorescente. Plusieurs fois le tour de la mer phosphorescente pour entrer dans ce tableau splendide qui s'intitule Three worlds. Plusieurs fois Three worlds pour ressentir Three worlds. Il ne reste plus que ça au final. La tendresse. La surimpression des mondes. Des barbes et des mots étrangers. De la tendresse encore.

























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