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Portrait of Guillaume Vissac

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Guillaume column 3

15 November 2014

Tu as perdu la notion du temps et des tortues. Tu te souviens avoir marché le long de quelques couloirs souterrains (souterrains jusqu'à un certain point), dédale d'une pyramide à l'envers. Ici, les langues sont à l'envers aussi. Commencer dans l'une, terminer dans une autre. Parfois n'y rien comprendre. Par exemple, la performance de deux auteures, leurs voix doublées par des bruissements électroniques, leurs mâchoires parlant dans une langue inconnue, et toi là fasciné par la musique des choses qui savent vivre d'elles-mêmes, sans le sens, sans la racine qui les lie à la terre. D'accord, mais où sont les tortues ? Car, à un moment donné, quelqu'un a dit que le truc des tortues c'était à voir. Le nom du groupe ça voulait dire : piétinés par des tortues. Quelque part, c'était noir. Quelque part, c'était rouge. Donc, ok. Mais où sont les tortues ? Et c'était la même chose au concert d'Iron & Wine, il n'y en avait qu'un. Iron (ou Wine). Aucune tortue sur scène ni dans les mots d'aucune bouche, mais à un moment donné Iron ou Wine a invité quelqu'un qui n'avait pas de nom, simplement un prénom, pour chanter en duo avec lui et, comme il l'a dit lui-même, littéralement dans sa barbe, to make him look good. Tu n'as pas retenu le prénom de cette chanteuse. Juste qu'elle est apparue lorsqu'il en a prononcé les syllabes et qu'elle a disparu lorsqu'il l'a remerciée. Tu remarques plus facilement ceux qui se tiennent dans le fond et dont on ne sait jamais très bien à quoi ils servent ou bien ce qu'ils font là. Ce qui t'attire, c'est la netteté de l'esquisse. Même chose dans un tableau. C'est un beau paysage, la lumière est moelleuse, mais tu ne t'intéresses qu'aux ombres minuscules qui s'accrochent sur le fond. Alors tu t'approches jusqu'à ce que la peinture elle-même gagne en épaisseur et en consistance ou, en un mot, en texture. Voilà. Petites silhouettes noires tracées d'un trait. Un pour le corps, un pour chaque jambe, chaque bras. Peut-être, parfois, une forme plus complexe car il y a un chapeau. Une tâche au pinceau, c'est un troupeau de bêtes. C'est tout. Silhouettes. Pourquoi ne pas en proposer un agrandissement à 3000 % pour ne voir qu'elles ? Ou, mieux, pourquoi l'artiste ne les a pas directement peintes de cette façon, sur des toiles gigantesques, mais en conservant néanmoins ce trait sommaire si net. Si c'était le cas, ceci dit, tu te trouverais encore à te rapprocher de la toile jusqu'à ce que la toile devienne une pâte, et y traquer sans bouger le plus petit dénominateur commun de chair possible, le grain de poussière, le pigment, l'éclat, pixel. En sortant du musée, un tour par la boutique cadeau pour revoir en quelques secondes ce que tu as déjà vu précédemment, mais cette fois tatoué sur la courbe d'un mug, sur le visage d'un canard en plastique ou sur une carte postale. Là, deux tortues brésiliennes, becs ouverts, l'oeil sur la tranche, féroces peut-être. Elles n'étaient nulle part en peinture dans les salles du musée, tu es sûr de ça. Alors quoi ? Où sont-elles ? C'est quoi le problème avec les tortues ?

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